Cyclorama : Parler English

Cyclorama n’est pas une pièce de théâtre divertissante. C’est l’autrice-interprète-metteuse en scène Laurence Dauphinais qui le dit elle-même : le théâtre ne devrait pas être un endroit de divertissement. Cyclorama est un spectacle documentaire en trois actes qui emprunte les codes du théâtre pour tenter de tisser, parfois maladroitement, des liens entre les anglophones et les francophones de Montréal.


Crédits photo : Valérie Remise

Le premier acte, situé à l’ouest de la rue Saint-Laurent au Théâtre Centaur, un des seuls théâtres anglophones de Montréal, sert à niveler le public sur les principaux enjeux de la pièce. Deux spécialistes essaient d’expliquer en moins de 75 minutes l’entièreté de l’Histoire du théâtre à Montréal et des déchirures linguistiques qui en découlent. Laurence Dauphinais et son homologue masculin Antoine Yared interviennent périodiquement pour contextualiser les informations données, en dépeignant deux démographies cibles. Respectivement, le duo incarne le théâtre québécois français d’avant-garde, qu’il associe à la gauche, et le théâtre anglophone classique, lié à la droite.

Le deuxième acte, quant à lui, réveille. Debout ou assis, le public prend place dans un autobus de la Société des Transports de Montréal qui traverse la Main, cette rue où se croisent les cultures. Un enregistrement audio accompagne le public. Une ambiance festive règne dans l’autobus, les francophones et les anglophones se parlent.


Un passage du côté francophone

La pièce se termine dans le Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, de l’autre côté de la rue Saint-Laurent. Cette institution ne présente habituellement que des pièces québécoises ou franco-canadiennes. Ce soir pourtant, les émotions débordent, dans un bilinguisme qui coule de manière fluide.


Il est entre autres question d’identité culturelle, de cégeps anglophones et de sonnets de Shakespeare. Dans ce dernier acte, l’autrice boucle la trame narrative, qui était malheureusement plutôt absente durant le déplacement entre les deux théâtres.


Le théâtre documentaire, un défi en soi

À la fin de la pièce, il y a un certain malaise lorsque vient le temps d’applaudir, comme si l’assistance ne sait pas si la pièce est terminée. C’est ce qui témoigne du plus grand défi auquel se heurte la pièce, soit la limite entre le documentaire et la fiction.


Il est évident que l’autrice s’est questionnée sur cet enjeu et la solution choisie est simple : les acteurs et les actrices jouent comme s’ils ne récitaient pas un texte. Ce n’est toutefois pas entièrement réussi, car les sous-titres qui traduisent toutes les répliques sont comme un rappel constant au public que les artistes n’improvisent pas, brisant ainsi l’illusion. Bien entendu, une fois le malaise passé, c’est une salve d’applaudissements qui encense les artistes sur scène.


Cyclorama sera présenté au Théâtre d’Aujourd’hui et au Théâtre Centaur jusqu’au 5 novembre.


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