Corps fantômes : mémoire d’un Québec en déni
- Samuel Lacasse

- 10 nov. 2025
- 2 min de lecture
Le théâtre Jean-Duceppe commémore une génération oubliée à la première de Corps fantômes, le 23 octobre dernier à la Place des Arts. Les pleurs comme les rires fusent nerveusement et la communauté LGBTQ+ retrouve sa place dans l’histoire du Québec.

À travers une mise en abyme qui lie les générations, cette fiction documentée crée des ponts entre 1990, 1995 et aujourd’hui. Marion (Célia Gouin-Arsenault), une jeune femme lesbienne tient le public par la main dans la découverte d’un mystérieux texte de théâtre signé Francis Côté (Gabriel Cloutier-Tremblay). La lecture de Marion plonge la salle au début des années 90 lorsque le SIDA et la violence meurtrière font rage à Montréal sans aucune couverture médiatique.
Francis, finissant de l’école de théâtre, s'amourache de Sylvain (Francis Ducharme), un policier marié et nouvellement père. Entre fiction et réalité, Marion réalise que son défunt père absent est ce policier frustré qui apprivoise sa bisexualité et prend tranquillement conscience des Corps fantômes qui hantent le Québec.
La maladie, la violence et le partage intergénérationnel sont des sujets mis de l’avant par une communauté marginalisée à laquelle tout le monde peut s'identifier en quittant la pièce. « Ceux qui ne s'identifient pas à cette communauté-là, se sentent vraiment interpellés. Je pense qu'il y a une prise de conscience », constate Célia Gouin-Arsenault, l’une des 16 interprètes de la pièce.
« Ça n'intéressait pas les médias »
Un groupe de militant·es LGBTQ+ humanisent et rendent accessible des enjeux qui ne sont pas que les leurs. Les auteurs et autrices passent par l’auto-flagellation humoristique à travers des personnages plus caricaturaux et des répliques crues qui dénoncent sans retenue l’hypocrisie et la lâcheté des autorités policières, politiques et médiatiques de l’époque.
« Les gens ne savent pas qu'il y a eu un sit-in et des snipers sur les toits. Pleins de moments très violents dont les gens ne sont pas au courant, parce que ça n'intéressait pas les médias », mentionne celle qui campe le rôle de Marion. Gabriel Cloutier-Tremblay qui joue Francis Côté a vu sa propre ignorance être confrontée. « J'étais content de pouvoir rencontrer un objectif qui m'apportait des réponses », avoue-t-il.

Les pièces manquantes
Bien que fictif, le protagoniste est la colle qui rattache chaque élément. Victime d’à peu près tous les malheurs de l’époque, Francis est un exemple de la résistance et du dévouement d'une génération de militant·es queers. « Je ne sors pratiquement pas de scène. D'un point de vue physique, psychologique, c'est un investissement total », avoue l’acteur. Le jeu de Gabriel Cloutier-Tremblay reste le plus marquant de la pièce.
Corps fantômes rend hommage aux personnes disparues comme celles oubliées de cette époque d’injustices toujours prêtes à nous rattraper. Les docteurs Réjean Thomas (François Edouard Bernier) et Michel Marchand (Dany Boudreault), le militant Michael Hendricks (Quincy Armorer), la journaliste Claudine Metcalfe (Charlie Monty) ont tous été des voix importantes pour la communauté LGBTQ+ des années 90 que la salle a ovationné aux larmes.
Corps fantômes est présenté au théâtre Duceppe jusqu'au 22 novembre.











Commentaires