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Visages : le pouvoir de la façade

La pièce de théâtre Visages commence son passage montréalais à l’Espace Go. Avec un texte et une mise en scène de Alexia Bürger, cette coproduction avec le Théâtre français du CNA explore l’influence que la figure exerce sur la façon de se construire soi-même et de construire autrui.


Photo: Yanick MacDonald
Photo: Yanick MacDonald

La pièce est composée de longs segments qui montrent tous une histoire différente. Les récits, racontés sous forme de narration, explorent la complexité de la relation que l’humain entretient avec le visage. 


Comment réagissons-nous lorsque ceux qui nous entourent prennent soudainement les traits du diable? Comment continuer d’exister pleinement lorsque les facultés physiques de notre visage nous abandonnent peu à peu? Cet enchaînement de questionnements découle d’expériences vécues partout autour du globe. Il permet à des personnages d’univers variés de prendre vie sur une même scène : la jeunesse cède sa place à la vieillesse, comme la Russie laisse la sienne à l’Italie.


Photo: Yanick MacDonald
Photo: Yanick MacDonald

Fins contrastes


Le principe de dualité est présent du début à la fin du spectacle. Le jeu intense des interprètes est parfois coupé brusquement par un bris du quatrième mur, duquel s’ensuit une simulation de dialogue avec le public.


Le texte alterne entre deux thèmes phares : ce que l’humain pense lorsqu’il est libre, seul avec son esprit, et ce que le commun des mortels affiche avec son physique. Alors que le premier permet des propos humoristiques, le second se fait souvent percutant. Il s’agit d’un fidèle reflet des mots de la directrice artistique de l’Espace Go, qui avait qualifié la saison 2025-2026 de « terrible et drôle ». 


Malgré quelques accrocs de textes, les répliques et les monologues s'enchaînent fluidement.


Je me suspends à sa face qui me fait oublier

Les hordes de Belzébuth qui m’attendent dehors

Mais la séance finit

Et l’enfer me retrouve


À la manière du personnage d’Émerick qui reste accroché à la figure de Brad Pitt pour rester dans le monde réel, le public est suspendu au spectacle. 


L’éléphant, ou les éléphants, dans la pièce


Le thème des traits faciaux laisse place à une grande créativité artistique en termes d'accessoires. Avant même que le spectacle commence, le public à l'œil averti peut observer un masque sur le visage de Sophie Cadieux. Tous les interprètes en portent un à un moment ou un autre. Les membres de la salle admirent leur qualité et leur utilisation adéquate.


Photo: Yanick MacDonald
Photo: Yanick MacDonald

Les illusions ne se manifestent pas seulement avec les masques, mais aussi avec les éclairages. Grâce à une rotation rapide d’un faisceau lumineux vert, des serpents semblent prendre vie pour effectuer une incarnation de Méduse réussie.


De manière générale, les variations des éclairages permettent des changements de tons et de perspectives efficaces, mais surtout, de ne jamais perdre de vue la matière première du spectacle : les visages des comédiennes et comédiens. 


La présence d’Isabelle Brouillette dans le spectacle est lourde de sens. L’actrice a subi une ablation du nez en 2024 à cause d’un cancer du septum nasal. Son histoire personnelle, mise au premier plan vers la fin du spectacle, témoigne de la force de la comédienne et de son ouverture.


Présentée à l’Espace Go jusqu’au 9 mai, la pièce de 85 minutes permet d’engendrer une réflexion aussi douce que troublante.


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