Journal intime familial: Recordar, c’est vivre à nouveau
- Camélie Bourret

- il y a 15 heures
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« Du théâtre de la mémoire », voici comment David Méndez Yépez décrit Recordar, c’est vivre à nouveau, sa nouvelle création théâtrale en collaboration avec sa sœur, Marisel. De la mémoire collective à celle familiale, la fratrie Méndez-Yépez pige dans toutes sortes de souvenirs retrouvés dans des caisses de leur père décédé.

Main dans la main, Marisel et David partagent gracieusement l’histoire de leur père, de leur mère et de leur tante, mais surtout leur interprétation de ces dernières. Mentionnant le conflit armé péruvien interne de 1980 à 2000, la pièce crée un casse-tête de souvenirs personnels et historiques et raconte une réalité percutante de révolution et d’immigration. Graĉe à la mise en scène de Ilyas Mettioui, le texte en a vu de toutes les couleurs. D’abord à saveur documentaire, il s’est tranquillement transformé en quelque chose de « beaucoup plus profond, politique, et courageux », mentionne David Méndez Yépez, en entrevue avec Le Culte.
L’art d’être vivant
Un thème récurrent dans la pièce est la dualité; une qui se complète, mais aussi qui s’affronte. Un frère et une sœur, qui ont des visions divergentes du monde, mais qui s’aiment tout autant.
La dualité se manifeste aussi dans le mélange de français et d’espagnol; la pièce est bilingue en Belgique et au Québec, mais complètement en espagnol lorsqu'elle est jouée au Pérou, et où le contexte historique nécessite une moins grande explication. La pièce s’adapte, elle est vivante. Marisel, David et Ilyas insistent sur le concept que l’on n’est pas un mélange, mais plutôt une addition de nos caractéristiques et de nos rencontres. La fratrie n’est pas belgo-péruvienne, mais belge et péruvienne. Ilyas est lui marocain et belge. Ils et elle transmettent cette somme de cultures et d’histoires tout au long du spectacle.
Alors que les deux acteurs passent la majorité de la pièce à raconter, il est impossible de ne pas mentionner la présence de la musique. Guitare, ukulélé et percussions sont du projet. Le public est parfois lui-même invité à participer au tout, chantant et tapant des mains avec les interprètes. L’expérience immersive permet de connecter autant avec la culture qu’on essaie de nous partager, qu’avec la révolution. Les choix musicaux soulignent intelligemment ce sentiment que leurs parents avaient de prendre action pour leur patrie.
L’acteur et l’actrice nous plongent réellement dans l’histoire péruvienne. On comprend par leurs explications crues et claires les raisons pour lesquelles leur famille a quitté le Pérou. La pièce illustre ce que les enfants d’immigrants, partout dans le monde, vivent ou pourraient vivre.
Dans le corps et l’espace
Une scénographie habile ajoute à la pièce. À seulement deux, il et elle réussissent à utiliser tout l’espace disponible, de l’avant à l'arrière, de jardin à cour. Les costumes se complètent d’autant plus dans leurs couleurs et leur simplicité. Ils forment un tout, qui monte d’un cran la qualité visuelle de la pièce. Un énorme tissu rouge, jaune, et bleu, tapisse le milieu de la scène. Ces trois couleurs, évoquant l’amour du peuple, la justice et la liberté, viennent parfaitement imager les mots de la comédienne et du comédien.
Ce même tissu est même utilisé pour projeter des mots. Ceux en espagnol sont traduits en français. Le public saisit donc l’ensemble du message. La pièce joue aussi beaucoup avec le silence. Une conversation entre les artistes et leur père a lieu tout au long de la pièce avec des enregistrements vocaux. Mais celui-ci se tait parfois, et les mots sont seulement écrits. L’ensemble de l’auditoire est alors submergé par les paroles et son attention est complètement centrée sur les écrits. Un changement de dynamique lourd, mais porteur d’un message. Comme quoi les mots valent parfois mieux ne pas être dits.




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