Sauver les apparences


Crédit photo: Entertainment Weekly's

Crédit photo: Entertainment Weekly’s


Critique du film Les Apparences (VF de Gone Girl)

 

Le début de la projection est marqué par l’éveil du magnifique morceau de la trame sonore du film, intitulé What Have We Done to Each Other, sur fond d’image noire. L’effet du tandem Trent Reznor Atticus Cross ne se fait pas attendre. Leur musique annonce un mystère à résoudre, au sein d’un récit lourd de secrets et de conséquences. Parce que malgré l’absence d’images, le côté mystérieux de l’intrigue à venir plane déjà sur nos consciences. Elle nous envahit en suscitant l’angoisse. Avant même de pouvoir observer les premières images, nos sens se mettent en alerte. Ils ne savent pas à quoi s’attendre, et ne le sauront jamais avec certitude pendant toute la durée du film.


C’est bien cette incompréhension qui affuble au nouveau film du cinéaste David Fincher son caractère remarquable; l’idiosyncrasie de la scénariste Gillian Flynn, auteur du livre éponyme, à savoir sa tendance à changer radicalement le ton de son histoire tout en le maintenant captivant du début à la fin. Ce thriller volatil peut aussi bien se convertir en drame qu’en satire. Il est saupoudré par des éléments comiques, et par d’autres séquences fort touchantes malgré leur caractère insolite. Le dénouement est bouleversant, et tordu comme il se doit, pour respecter la tradition fincherienne. Autre aspect majeur qui contribue à la réussite de l’œuvre: l’écrivaine s’est assurée d’émailler son scénario de tous les moindres détails du livre qui dénotent et construisent au compte goutte les déviances psychologiques de ses personnages. David Fincher le perfectionniste devait être aux anges lorsqu’il a terminé sa première lecture du scénario. Ce dernier semble avoir été écrit expressément pour lui.


Le synopsis est en apparence assez simple: la femme d’un pauvre type disparait mystérieusement le jour de leur cinquième anniversaire de mariage. Alors que tout semble en apparences jouer contre lui, Nick Dunne (Ben Affleck) est susceptible de devenir le suspect numéro un de l’enquête. D’autant plus que les medias fabriquent des faits insolites choquants à partir de son histoire, ce qui a pour conséquence de lui couper l’appui de la population. Mais où est donc passé Amy (Rosamund Pike), et que lui est-il arrivé ? Aidé par sa sœur jumelle Margo et par son avocat Tanner Bolt, Nick suit les indices de la traditionnelle chasse au trésor que sa femme a pris l’habitude d’organiser en guise de célébration annuelle de leur couple. Il peut ainsi retracer ses derniers déplacements avant sa disparition.


Dans le rôle du personnage principal, Ben Affleck est extraordinaire. Ses sourires bêtas, ses crises de colère, son incrédulité, tout est fidèlement reproduit à l’écran. On n’a aucune difficulté à se visualiser l’acteur en lisant le livre. C’est bien le Nick Dunne que l’on s’était imaginé, un type dépassé par les évènements, un gros fils à maman qui sous-estime la gravité de ses vices cachés. Il sera confronté à la perception absurdement haineuse que le public aura de lui, ce dernier étant convaincu qu’il a assassiné sa femme.


Au contraire, Nick Dunne avait tout fait pour vivre le bonheur parfait aux côtés de son amoureuse Amy, alors qu’il sera finalement traité comme un paria n’ayant jamais osé essayer. Telle est le paradoxe relevé par l’auteur et par le cinéaste; la société américaine impose les contraintes du mode de vie qu’elle préconise, mais châtie ceux qui se sont le plus évertués à les respecter, ceux qui se sont brulés par trop d’efforts investis. C’est là que réside l’aspect fondamental des films de Fincher; ses personnages développent des déviances psychologiques et s’adonnent au vice après avoir accepter de sacrifier leur liberté, au profit d’idéaux sociaux à respecter.


Un seul mot vient à l’esprit lorsqu’il est temps de commenter la performance de Rosamund Pike dans le rôle de Amy Elliott Dunne : sublime. Cette performance vaut une nomination aux Oscars, et promet à l’actrice une carrière florissante. Ses sourires nouent les tripes et brouillent les regards, alors que sa bipolarité peut s’avérer effrayante. Comme Nick, on ne peut qu’être fasciné par son crâne.


Note: 4/5


Les Apparences, à l’affiche (VF de Gone Girl). Écrit par Gillian Flynn et réalisé par David Fincher. Avec Ben Affleck et Rosamund Pike. 2h25, 20th Century Fox.

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