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La ménagerie de verre met en scène la mémoire

L’action se déroule sur les planches du Théâtre Denise-Pelletier. Dans un petit appartement de Saint-Louis, dans le Missouri des années 1930, un jeune homme s’apprête à abandonner sa mère et sa sœur. Avant de passer à l’action, il invite un collègue de travail à souper, un évènement qui fracassera la cellule familiale pour toujours.



La ménagerie de verre est narrée par Tom Wingfield (Fabrice Yvanoff Sénat), un travailleur d’entrepôt frustré qui passe ses journées à écrire de la poésie. Il vit avec sa mère Amanda Wingfield (Marie-Hélène Thibault), une femme excentrique qui refuse d’accepter qu’elle n’est plus la riche débutante du Mississippi qu’elle a déjà été, et sa sœur Laura Wingfield (Elisabeth Smith), une vingtenaire affaiblie par la pleurésie qui passe ses journées à polir sa collection d’animaux de verre. 


Amanda met une pression énorme sur son fils. Depuis que son mari l’a abandonnée, elle compte sur Tom pour être le gagne-pain de la famille. Elle aimerait également qu’il trouve un prétendant pour sa sœur aînée, en voie de devenir vieille fille. Il invite alors Jim O’Connor, un camarade de l’entrepôt, à venir souper au domicile familial.


Écrite par Tennessee Williams en 1944, La ménagerie de verre est un classique incontesté de la dramaturgie étatsunienne. Si les idéaux qu’elle exploite laissent entrevoir une pointe de la misogynie de l’époque—une mère complètement folle, une soeur infirme et fragile que l’on doit protéger—la pièce soulève aussi des questions intemporelles. Quel rôle joue-t-on au sein de notre fratrie? Sommes-nous responsables du destin de nos proches? L’œuvre de Williams n’offre pas de réponses à ces questions, mais propose une réflexion captivante sur la nature humaine et les dynamiques familiales.


Malgré la prémisse dramatique, l’action qui se déroule sur scène est plutôt comique. La traduction de Fanny Britt et la mise en scène d’Alexia Bürger changent le ton du texte original pour le mettre au goût du jour, sans jamais le dénaturer. Ainsi, le personnage d’Amanda n’est pas tragique, mais plutôt vif d’esprit et loufoque; la performance de Marie-Hélène Thibault provoque le rire plutôt que d’attirer la pitié. 


L’heure de vérité


D’entrée de jeu, Tom prévient le public que l’histoire qu’il s’apprête à raconter est basée sur ses souvenirs. Il se peut ainsi que quelques éléments ne soient pas fidèles à la réalité. On devine que les attributs des personnages, qui sont tous lourdement exagérés, relèvent donc de la caricature. 


C’est le cas du fameux Jim O’Connor (Thomas Derasp-Verge), qui se pointe le bout du nez alors que la pièce est déjà bien entamée. Lorsqu’il franchit la porte des Wingfield, il est vêtu en or de la tête au pied—même sa chevelure est couverte d’une épaisse couche de peinture dorée. Sa performance assumée, qui rappelle celle de Ryan Gosling dans Barbie, est celle d’un garçon confiant mais un peu niais. Aux yeux d’Amanda, il est un golden boy; le gendre idéal pour sa fille. 


Le huis clos culmine au moment de la rencontre entre Laura et Jim. Alors qu’ils sont seuls dans le salon, Laura propose de montrer sa collection de verre à son prétendant. La jeune femme ouvre sa boite et dévoile lentement son contenu. Soudain, un projecteur s’allume et happe les précieux objets. Ils captent et réfléchissent la lumière, illuminant la salle tout entière. 


L’enchantement n’est que de courte durée. Le souper ne se termine pas comme prévu. Malgré leurs efforts, les Wingfield n’arrivent pas à faire avaler leur mascarade: la vérité émerge et met à nu les illusions soigneusement entretenues. Comme quoi lorsque nous refoulons des émotions qui nous ébranlent—l’humiliation d’avoir été abandonné par son mari, la honte d’être infirme, la frustration d’avoir un travail qui nous déprime—le moindre déséquilibre peut venir tout chambouler. 


La ménagerie de verre est présentée au Théâtre Denise-Pelletier jusqu’au 9 avril.


Crédit photo : Victor Diaz Lamich

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