Falcon Lake : le temps de l’innocence

Thème récurrent du « coming of age », genre qui connaît un second souffle dernièrement, la fin de l'innocence dans Falcon Lake de Charlotte Le Bon est traitée en contournant habilement les clichés usuels.


Crédits photo : Fred Gervais

Présenté à la Quinzaine des Réalisateurs, une sélection parallèle du Festival de Cannes, Falcon Lake est un premier pas vers le long-métrage pour Charlotte Le Bon. Celle qui est aussi actrice avait auparavant signé un court-métrage, Judith Hotel, disponible sur Youtube. Le point de départ de Judith Hotel était un rêve de la cinéaste. Cette fois, Charlotte Le Bon tend plutôt vers le souvenir, revêtu de nostalgie et de magie.


Le temps de l’amour


Adaptation libre du roman Une sœur de Bastien Vivès, Falcon Lake suit Bastien (Joseph Engel), 13 ans, qui passe l’été près d’un lac au Québec avec sa famille d’origine française et leurs amis. Il y retrouve Chloé (Sara Montpetit), de trois ans son aînée. De cette rencontre naîtra une amitié inattendue.


Falcon Lake met en scène des personnages au seuil de l’adolescence, sans l’avoir encore franchi. Ce moment de flottement entre l'attente de mûrir ou, au contraire, le désir de rester jeune, est brillamment transposé à l’écran par Charlotte Le Bon.


D’abord présentée comme une adolescente inaccessible, Chloé reflète la vulnérabilité d’une jeune femme n’étant pas encore nécessairement prête à en devenir une. Espiègle, fascinée par la mort, Chloé voit en Bastien un compagnon avec qui pouvoir être elle-même et donner libre cours à son imagination fertile.


À l’inverse, Bastien attend de grandir. Si elle l’éveille à la maturité, Chloé cherche en lui l’enfance qui commence déjà à leur échapper. Se crée ainsi une forme de symbiose des protagonistes entre deux âges qui se rejoignent dans l’ambivalence de leur identité, ni enfants ni adultes.


Le lien ambigu que tissent Chloé et Bastien oscille entre fraternité, amitié et amour. Il se développe et se déploie fluidement, Joseph Engel et Sara Montpetit partageant une chimie naturelle.


Hors du temps


Figé dans l’espace et le temps, comme au Pays imaginaire de Peter Pan où on ne vieillit jamais, Falcon Lake nous ramène à ces étés qui nous changent. Du plan d’ouverture de Chloé qui flotte à la surface de l’eau tel un cadavre à ceux du spectre qui hante le lac, des tableaux fantasmagoriques rythment le long-métrage. Le peu d’indices temporels, mis à part les cellulaires, à peine effleurés durant le film, accentue également cette rupture volontaire avec le réel.


Le format du long-métrage, tourné en 16 mm, donne l’impression de voir la pellicule d’une vieille caméra qui capte des moments de notre jeunesse. On en ressort ému·e·s, témoins de la fragilité de ces instants décisifs qui marquent les tournants d’une vie.


Charlotte Le Bon trace avec délicatesse une fresque de ces insouciants étés d’exploration et de découverte de soi. L’attention aux détails, notamment dans une magnifique scène où Chloé et Bastien se lavent, la mousse coulant doucement sur le dos de la jeune femme, atteste de l’œil talentueux de la cinéaste. Charlotte Le Bon parle à travers les regards, les silences, la lumière et le paysage de Falcon Lake un langage infiniment plus évocateur que les mots.


Falcon Lake prend l’affiche le 14 octobre prochain.

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