Deux premières à PHI pour l’automne-hiver
Le musée PHI rouvre ses portes à partir du 28 octobre pour deux nouvelles expositions, Foi ou feu de Jean-François Bouchard et Hymnes de Stephanie Comilang. Les deux expositions, abordant chacune une approche documentaire revisitée et composeront la programmation principale automne-hiver de PHI, qui fête ses vingt ans l’an prochain. Elles seront ouvertes au public jusqu’au 14 mars 2027.

La marginalité mise de l’avant dans Foi ou feu
Pour sa première exposition d’envergure muséale, Jean-François Bouchard met en scène le phénomène de la prédication ou l’évangélisme de rue. Après avoir été exposé à Cuba, en Corée du Sud et dans la ville de Mexico pour son dernier projet, l’artiste revient à la maison pour la première mondiale de Foi ou feu. Combinant photographie, installations multimédias et projections, son projet soulève plusieurs questions autour de la violence des discours religieux se voulant salvateurs. L’exposition culmine vers l'œuvre principale, de laquelle est tiré le titre du projet. Sur sept canaux vidéo, différents évangélistes sermonnent le public et l'implorent de se repentir. En laissant le spectateur choisir entre impression authentique troublante et prise de parole exhibitionniste, Turn or burn (traduit par Foi ou feu) pose un regard critique sur la place de la religion dans la vie publique aux États-Unis.

Avec une approche sociologique, l’artiste s’intéresse aux phénomènes liés aux sous-cultures se confrontant aux idéologies de masse. « Quand j'ai commencé ma carrière, je me voyais plus comme un photojournaliste», confie Jean-François Bouchard. Au fil du temps, l’artiste a eu envie de se détacher des codes de l’objectivité afin d’inviter le spectateur à aborder l'œuvre de manière subjective. « Je me suis donné le droit d’interpréter conceptuellement [ces phénomènes sociaux] avec mon point de vue très personnel. Et c'est là que [mon travail] sort du registre documentaire, pour rentrer dans le registre de l'art contemporain », dit-il.
Voir la technologie autrement avec Hymnes
Pour sa plus grande exposition à ce jour au Canada, l’artiste visuelle et cinéaste Stephanie Comilang propose cinq installations vidéo d’une durée de 18 à 25 minutes, chacune portant sur le lien intime entre technologie et appartenance culturelle. Établie à Berlin, l’artiste d’origine philippino-canadienne travaille de manière récurrente autour des thèmes de la diaspora, de la communication interculturelle et de la décolonisation. Dans Hymnes, drones, imprimantes 3D et technologie de réalité virtuelle sont mis de l’avant pour aborder la déconnexion humaine et la technologie comme manière de renouer avec sa culture. L’utilisation d’un drone dans Come to me Paradise en est un bon exemple; alors qu’il est historiquement associé à la guerre et la surveillance, l’artiste utilise plutôt l’appareil comme une présence fantomatique ou un personnage sensible à part entière. « La technologie est importante [pour moi], pas nécessairement pour ce qu'elle peut accomplir en soi, mais pour la façon dont je peux l'utiliser pour entrer en contact avec le public », renchérit Stephanie Comilang.

L’artiste parle d’ailleurs de documentaire science-fiction lorsqu’elle décrit son travail, dans le but de diversifier les points de vue abordés. « La raison pour laquelle j'utilise à la fois le documentaire et la science-fiction comme genres [est] que je trouve que le documentaire a une portée [limitée] de perspectives. J'adore le documentaire, j'aime sa façon d'être réel, mais il a tendance à adopter le point de vue unique du réalisateur. Y superposer de la science-fiction permet donc de créer une perspective plus large. », avoue-t-elle.
Alors que la montée du discours religieux reprend de plus belle et que le public est de plus en plus confronté à l’omniprésence technologique, PHI invite la foule à prendre conscience de leurs biais sociaux et à observer ces phénomènes au travers de la confrontation artistique. Étalonnées sur deux bâtiments distincts, Foi ou feu et Hymnes seront à l’affiche jusqu’au printemps prochain.





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