Visite au Studio d’Alexandra Legault : Tatouer tout en douceur

Dans son studio niché au cinquème étage d’une ancienne manufacture à la limite ouest du quartier Hochelaga, Alexandra Legault, « Pix » de son surnom, décore les peaux et les feuilles de papier de tracés simultanément minimalistes et maximalistes, aux palettes à la fois monochromes et polychromes. La tatoueuse et illustratrice accueille Le Culte dans son espace de création pour une incursion inédite dans son univers d’expérimentation ludique produisant des œuvres des plus charmantes.



Détentrice d’un baccalauréat en arts visuels de l’Université du Québec à Montréal, l’artiste a eu la piqûre pour le tatouage durant ses années universitaires. Elle aborde cette pratique parfois qualifiée de « dixième » art en tatouant ses dessins originaux sur son propre corps. « Comme n’importe quel·le, parfois je n’aime pas pantoute ce que je crée! Mais de temps en temps, je fais un dessin que j’aime comme il est, sans désir de le changer. J’ai envie de le voir tout le temps… C’est pourquoi je finis par me le tatouer », décrit-elle en se remémorant ses tout premiers tatouages.


Dessine-moi… une maison


L’un d’entre eux représente sa demeure d’enfance, un choix chargé de sens pour Alexandra, qui décrit son style comme prenant racine dans une représentation de la familiarité; de ces petites et grandes choses qui lui rappellent de lointains souvenirs heureux et qui la ramènent au réconfort de l’enfance. Les sujets de prédilection de l’artiste incluent des maisons, des objets du quotidien, des animaux ou encore des plantes, souvent chargés d’une symbolique teintée de nostalgie.


Le motif de maison est particulièrement récurrent dans ses créations, ce qu’elle explique par un désir d’interpréter la notion d’attachement à un lieu. Originaire de l’Outaouais, elle cherche ainsi à se créer un refuge face au dépaysement entraîné par un déménagement dans une ville inconnue. « La pratique artistique relève, je crois, de l'art de se faire un nid, de se créer un sentiment d’appartenance à quelque chose», explique-t-elle.



Un nuancier propre au conte de fée


Parallèlement à son métier de tatoueuse, Alexandra Legault poursuit l’illustration à l’acrylique et aux crayons de bois, ses médiums de choix. Par la superposition d’aplats et de crayonnages contrastés, l’artiste compose des scènes colorées qui rappellent les planches d’albums pour enfants. Elle les dépeint en quelques traits empreints d’une touchante simplicité, un choix stylistique évoquant cet univers semblant tout droit sorti d’un conte idyllique. Sous ses coups de pinceau naissent ainsi des villages côtiers parsemés de maisonnettes aux fenêtres à carreaux, aux mignons pignons et aux cheminées desquelles s’échappent des nuages de fumée cotonneuse.


Parfois, elle regroupe et agence ses illustrations en carnets, qu’elle reproduit ensuite sous forme de livrets imprimés, nommés « zines ». « Il y a quelques années, j’ai commencé à distribuer ces petits zines dans des expos et parfois à en vendre. Mon art allait vivre sa propre vie dans le monde indépendamment de moi, et c’est à partir de ce moment-là que mes dessins ont commencé à interagir avec les gens, à ne plus être juste miens », relate-t-elle.



Quand les dessins font leur bout de chemin


Sous le pseudonyme de @pixdessine, elle partage le fruit de son imagination sur Instagram, où se développe petit à petit une communauté virtuelle qui interagit quotidiennement avec son art. Sur cette plateforme, elle échange avec d’autres artistes évoluant dans l’effervescent milieu du tatouage montréalais, avec qui elle collabore pour s’inspirer et parfaire son apprentissage technique. C’est aussi principalement par le biais des médias sociaux qu’elle atteint sa clientèle, des individus désireux d’orner indélébilement leur peau de ses œuvres.


Le jour du rendez-vous, la séance de tatouage débute par la sélection de la taille et de l’emplacement du dessin choisi, avant qu’il ne soit temporairement transféré sur l’épiderme. L’artiste propose ensuite quelques minutes de réflexion avant d’immortaliser le tatouage à l’encre permanente. Cela permet d’éliminer le stress lié à l’hésitation, tout en accordant à la personne un moment pour câliner Ponki, le chien de l’artiste qui somnole paisiblement dans son panier au coin de la pièce. Pour Alexandra Legault, cet environnement positif est primordial : « C’est très important pour moi que la personne puisse choisir dans quel contexte on fait son tatou, quel genre de musique on écoute, s’il y a la présence d’invité·es ou pas », affirme-t-elle. Au final, cette personne ressortira de la séance avec une cicatrice en forme d’adorable renard ou de village pittoresque, qui lui tiendra désormais compagnie pour chaque nouveau jour de sa vie.



Crédits photos : Alexandra Legault

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