François Ruel-Côté : Culture en danger cherche artistes engagé·es
- Samuel Lacasse

- il y a 15 heures
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François Ruel-Côté : culture en danger cherche artistes engagé·es
Auteur, acteur, humoriste, chroniqueur, improvisateur et plus encore, François Ruel-Côté est « bien mêlé » lorsqu’il doit nommer son métier à la douane. Écrire, c’est ce que l’artiste préfère parce qu’il n’a besoin de personne. Le milieu culturel, quant à lui, dépend toujours de subventions, de dons et d’« adons ».

« Comment ça se fait que ça aille mal de même ? On vous a donné exactement le montant que vous demandiez », rapporte François Ruel-Côté comme l’une des premières affirmations qu’a posées Mathieu Lacombe, ministre de la Culture du Québec lors d’une rencontre avec le secteur artistique et culturel à la fin mars. François Ruel-Côté avance que les artistes doutent tellement que le gouvernement investisse qu’ils ont demandé « le minimum pour ne pas crever ». Le Québec met peu d'argent dans sa culture, moins de 2 % du budget total d’après l’Institut de la statistique du Québec. « Ce n’est pas une priorité », constate-t-il.
M. Ruel-Côté se désole qu'on ne réforme pas le Conseil des arts du Québec depuis son instauration, en 1994. « La réalité des artistes au Québec n’est plus du tout la même », assure-t-il. Dans un monde saturé de Netflix et de Spotify, les artistes « à la base de ces entreprises-là » ne reçoivent pas les salaires conséquents à leur contribution.
Une crise idéologique

Là où l’opinion public pense que les artistes sont « trop coucou banane » pour gérer leur argent, François Ruel-Côté y voit une crise idéologique. « Chaque fois qu’un·e artiste prend parole, on le voit comme un·e téteux·se de subventions, alors que tout le monde l’est », s’insurge-t-il. Par exemple, il mentionne Bombardier, une entreprise privée, qui reçoit de gros montants pour « sauver ses employés », mais qui, d’après lui, en profite pour donner des augmentations à ses dirigeants.
François Ruel-Côté s'inquiète d’un milieu culturel qui ne se rassemble pas davantage. « [Le milieu culturel] doit crever en silence pis s’excuser pour ne pas déranger ? », s’interroge-t-il. M. Ruel-Côté a espoir que son milieu « arrête d’être gêné et de regarder par terre ». Il décrit un·e artiste comme un·e porte-parole dont le rôle est « justement » d’émouvoir et de mobiliser les gens.
Pouvoir consommer un album, une pièce ou un film québécois, « c’est un miracle tabarnak », lance-t-il. « On fait encore des shows avec des moitiés de shows », dénonce le comédien sorti des écoles de théâtre depuis 11 ans. Selon lui, l’art de la scène est parmi les pratiques les plus énergivores, mais parmi les moins payantes.
Nécessitant 150 heures de répétition à « se faire des bleus partout » pour des représentations de 1h45 jouées sept soirs par semaine, sa dernière pièce, Glissant glissant, se retrouve malgré tout en déficit.
« On avait l’occasion de le reprendre, mais on n’avait pas l’argent », rapporte l’auteur dont la trilogie théâtrale (Poisson glissant en 2020, Terrain glissant en 2024 puis Glissant glissant en 2026) a fait salle comble. Étant donné ce succès, l’équipe a cru recevoir au moins une subvention pour les supplémentaires du troisième volet dont les représentations se sont conclues dans les dernières semaines au Centre du Théâtre d'Aujourd'hui.
François Ruel-Côté s’insurge surtout pour les conditions des artisan·nes qui déploient la culture québécoise et l’empêche de disparaître. « Moi, je suis choyé. Quand ça ne marche pas là, je peux aller ailleurs », reconnaît-il.
Brasser la soupe

Alors que plusieurs de ses idées sont parfois trop à gauche pour la télévision ou trop cher pour le théâtre, M. Ruel-Côté aime « aller ailleurs ». Se renouveler lui permet de « brasser un peu la soupe » pour trouver des projets et continuer de tracer son chemin.
La polyvalence de l’artiste lui a permis de décrocher de « beaux adons ». En allant interpréter un extrait de Poisson glissant (2020) à l’émission de radio, Tout peut arriver, celui qui se décrit comme un « geek d’actualité » se fait remarquer. Marie-Louise Arsenault fait revenir son coup de cœur plusieurs fois pour les chroniques Tout va mal tout le temps, un feuilleton satirique. Le téléroman criblé d’exagérations se rend aux oreilles de RAD, le laboratoire journalistique de Radio-Canada qui l’approche pour participer à sa soirée électorale en 2025.
Un autre « adon » issu d’une improvisation, son duo humoristique Brick & Brack lui a fait réaliser au fil de leurs huit années être avant tout engagé. Parodier « de vieux souverainistes finis, trop artsy, woke et champ gauche » s’est révélé « un bon créneau » pour faire passer des messages. Tranquillement, le personnage l’a rattrapé. « Je ne peux plus me défaire de ça », confie-t-il. Tant qu’à « puncher » sur l’actualité, François Ruel-Côté préfère que ce soit significatif. Il a découvert que, même en niaisant, on peut « changer le monde avec un poème ».




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