Francouvertes - Demi-finales - soir 1 : plûmes sensibles, voix marquantes
- Perlina Rossi-Brown

- il y a 20 heures
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À l’issue de cette première soirée des demi-finales, Irdens Exantus s’empare du premier rang, suivi de Noëm et de Komēdza. Trois artistes portés par leurs identités assumées et leurs textes sensibles et poignants.
Le groupe Polémil Bazar, participant de la 26e édition des Francouvertes, ouvre le bal avec un entrain contagieux. Leur musique néo-traditionnelle québécoise donne envie de danser bras dessus, bras dessous, les musiciens réchauffant le plateau tels quatre rayons de soleil.
Performance en crescendo
Au tour de l’autrice-compositrice-interprète Noëm. « J’espère que vous allez vivre quelque chose, parce que c’est pour ça qu’on fait de la musique », a lancé la jeune femme originaire de Joliette. Et des émotions, elle en a bel et bien fait vivre à la foule grâce à un répertoire explorant « les différentes étapes du deuil ».
Noëm s’est assumée progressivement sur scène. Sa façon de l’habiter semblait quelque peu forcée et agitée en début de performance. Sa première chanson dansante aux accents pop, Les saisons tannées, ne rendait pas tout à fait justice à sa voix mélodieuse, étouffée par l’instrumental.
Elle rectifie le tir avec ses ballades plus feutrées et jazzées Quand je me noie et Louise bercent et donnent l’impression de flotter. Puis est venue Hymne à l’orage : accompagnée seulement d’une guitare et d’un piano minimalistes ainsi que des claquements de doigts de ses musiciens. Noëm y révèle sa voix dans toute sa splendeur et sa teinte soul.

Une présence magnétique
Confiant, Komēdza se dévoile au public avec sincérité, comme un livre ouvert : « Bienvenue dans ma tête remplie de doute, de mélancolie, et parfois même, de haine. » Semblant avoir hâte à ce qui va suivre, des spectateurs et spectatrices lâchent des « ouuh » intrigués.
La voix grave et envoûtante de l’artiste d’origine togolaise est mise en valeur avec sa chanson au rythme sensuel Mdē kuKu. Bien que, comparé à ses adversaires, son chant semble limité techniquement, il charme par son timbre unique, qui rappelle celui de Damso.
« Le sentiment d’imposteur, je pourrais vous en parler longtemps, mais je préfère vous le chanter », lance-t-il. C’est ce qu’il fait avec Aznav’, un rap au texte sensible qui contraste avec la voix gracieuse et lyrique de son acolyte, la chanteuse Sandrine Marin.
Komēdza termine en force en invitant le public à danser sur sa chanson Obē LēKē. La foule est réceptive, se laissant porter par les rythmes enflammés d’Afrique de l’Ouest.

Du talent, sans artifice
Ce qui a fait la différence pour Irdens Exantus ? L’artiste lavallois montréalais qui a fini en haut du classement s’est présenté au public en toute simplicité, sans artifice. Alors que ses camarades bougeaient davantage sur scène et multipliaient les accessoires, il s’est imposé avec son micro fixe. Il a utilisé peu de mots entre les chansons pour les expliquer, laissant son art parler de lui-même.
Avec une grande justesse, Irdens navigue à travers des chansons frappantes de poésie et d’existentialisme, alliant brillamment son rap et le cantique (chant religieux) de ses trois choristes. Sa diction est impressionnante même lors de ses raps effrénés.
Le clou de sa performance est sans conteste Codes. Ce rap, parfois plus parlé, à la limite du slam, contraste avec la simple mélodie de piano qui l'accompagne.
Toutefois il ne faut pas oublier Mensonge, qui revisite des « moments sombres de sa vie ». Durant ce morceau, lorsqu’il pousse la note, il dévoile une voix soul et contrôlée qui donne des frissons. Une performance qui témoigne d’un artiste complet et prometteur.





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