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Apprendre à faire chanter le bois

Un photoreportage de Perlina Rossi-Brown, Laurine Fiandino avec les photos de Charles-Antoine Bédard et de Léo Pomerleau


Le Culte est allé à la rencontre d’un jeune apprenti luthier et de son maître pour comprendre les rouages de ce métier d’art inusité et où la relève se fait rare.


Mis à part les formations du Cégep du Vieux Montréal et du Cégep Limoilou, les écoles de lutherie sont rares au Québec, et encore plus au Canada. C’est pourquoi le jeune Saskatoonien Steve Daniels-White a jeté son dévolu sur l’atelier Jules Saint-Michel, situé au cœur de la Place des Arts, pour apprendre ce métier d’art qui combine musique et ébénisterie, précision et patience.


Photo: Charles-Antoine Bédard
Photo: Charles-Antoine Bédard

C’est Bertrand Bouchard, fort de plus de 25 ans d’expérience au sein de cet atelier, qui l’a pris sous son aile. Il raconte que les apprentis « motivés » affluaient à Jules Saint-Michel durant ses quinze premières années de travail au sein de l’établissement, « puis, à un moment donné, terminé. Zéro intérêt ». Le luthier chevronné avait perdu espoir de revoir un apprenti passionné dans les murs de l’atelier… jusqu’à l’arrivée de Steve.


Photo: Charles-Antoine Bédard
Photo: Charles-Antoine Bédard

L’artisan se questionne sur qui formera cette relève. Malgré la production industrielle de violons, Bertrand demeure convaincu que le métier de luthier est là pour rester : « [dans le futur], peut être qu’il y aura moins de musiciens [...] mais il y aura toujours besoin d'un con comme moi pour réparer ou pour régler [les instruments] », lance-t-il, pince-sans-rire.


Photo: Léo Pomerleau
Photo: Léo Pomerleau

Pour être accepté dans une école de lutherie, il faut souvent avoir fait une formation en ébénisterie. Bertrand affirme qu’une oreille musicale impeccable est également essentielle afin de comprendre ce que les musiciens entendent et recherchent acoustiquement. « Juste avec ce petit bâton, en le déplaçant ou en changeant sa longueur ou son angle, tu arrives [à] changer le son », explique-t-il en pointant l’âme du violon. Un « petit dixième de millimètre dans un sens ou dans l'autre » peut faire toute la différence.


Photo: Léo Pomerleau
Photo: Léo Pomerleau

Selon Bertrand, la lutherie est un métier « difficile », où il faut répéter les mêmes actes encore et encore, « sans se tanner ». Il faut également accepter de « rater », explique Bertrand. « Regarde, ça, ça fait combien de fois que je le recommence », lance-t-il, pinceau à la main. Il nous montre un violon qui a été grignoté par des vers de bois. Avec minutie, ce dernier comble chaque microtrou à l’aide d’un mélange de colle et de sciure de bois qu’il recouvre ensuite de vernis.


Photo: Charles-Antoine Bédard
Photo: Charles-Antoine Bédard

Steve explique comment poncer le chevalet pour qu’il épouse parfaitement la courbe de la table. C’est un travail qui peut prendre plusieurs heures. Le jeune apprenti se dit « envoûté et ému ». Ce qui le charme dans ce processus qu’il qualifie d’« excitant », c’est la recherche de la perfection.


Photo: Charles-Antoine Bédard
Photo: Charles-Antoine Bédard

Ce « violon parle vraisemblablement français », affirme Bertrand avec conviction, rien qu’en observant le manche et le vernis, typiques de la France, selon lui. Il explique qu'il s'agit d'un vieil instrument, car le manche a été entièrement remplacé pour s'adapter aux standards modernes : « À l’époque, les violons avaient un manche plus court, car ils n’étaient pas accordés de la même manière qu'aujourd'hui ».


Photo: Charles-Antoine Bédard
Photo: Charles-Antoine Bédard

Une toile d’Antonio Stradivari, un luthier italien dont les instruments sont considérés comme les meilleures fabrications du monde musical, est affichée dans l’atelier. De nos jours, ses violons, appelés Stradivarius, valent plusieurs millions de dollars. Steve révèle que ce prix s’explique par le fait que Stradivari fut le premier luthier reconnu pour avoir atteint une telle perfection sur l’instrument.


Photo: Charles-Antoine Bédard
Photo: Charles-Antoine Bédard

Selon le jeune luthier, le violon est l’instrument le plus proche de la perfection quand on parle de musique. « C'est fou qu'on [puisse] produire un son aussi gros que ça [...] Ça peut remplir toutes les salles. Par exemple, [à l'OSM, à côté de l’atelier], c'est 6000 personnes qui écoutent [en] même temps des tout petits trucs comme ça », dit-il en désignant le violon dans ses mains. « C'est juste que ce ne sera pas nous qui allons le jouer », conclut Bertrand en riant.


Photo: Léo Pomerleau
Photo: Léo Pomerleau

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