Beautopie, la ligne pour les « fashion freaks »
- Allyson Caron-Pelletier et Maïté Paradis
- 9 avr.
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 10 avr.
Un an après le lancement de Beautopie, la créatrice de mode montréalaise Julia Beauparlant se démarque sur la scène mondiale du vêtement par ses créations « for the female gaze » et sa plateforme revendicatrice.

Entre quelques retailles de cuir et des pistolets à argent rose vif, un buste de mannequin à moitié vêtu trône sur la table. La création inachevée consiste en un haut de maillot et une jupe composés de petits ronds de cuir argentés, le tout donnant à l’habit un air de boule disco. Il s’agit du costume destiné à la patineuse artistique Justine Miclette pour le défilé Mode sur Glace 2026.
« Prototyping workwear for the boss ladies »
À seulement 29 ans, Julia Beauparlant se fait déjà un nom dans l’univers étourdissant de la mode. Parmi les artistes qui ont porté ses créations, on compte la rappeuse Theodora, à qui elle a remis un habit après un spectacle à Montréal, et la chanteuse Tems, pour qui elle a réalisé une robe en seulement quatre jours pour l’afterparty du Met Gala 2025. La designer habille aussi des artistes québécoises telles que Naomi, Ariane Roy et Sophie Nélisse. « Prototyping workwear for the boss ladies », proclame Julia dans une publication Instagram.
Il faut dire que ce n’est pas le premier rodéo de la jeune femme. En 2018, elle développe avec une amie sa première marque : Explicit Mess. Julia décrit l’expérience comme un réel terrain d’apprentissage. Contacter des modèles, des photographes, naviguer les réseaux sociaux : Beautopie part déjà avec une « base solide » - et la page Instagram d’Explicit Mess de 5000 abonnées.

Parier la qualité
C’est par un stage chez Lecavalier lors de ses études en mode à l’UQAM qu’elle tombe amoureuse du cuir, un matériel séduisant autant pour sa résistance que sa palette de couleur versatile. Julia développe alors Ego Stellar, sa première collection beautopienne, fortement influencée par la tendance Space Age marquant la fin des années 60.
Inspirée par des marques comme Paco Rabanne et Courrèges, la designer développe la technique signature de Beautopie. Elle découpe et assemble les différents ronds de cuir pour que le vêtement épouse le corps, tout en lui permettant de se mouvoir librement. C’est un processus « interminable », fastidieux et éprouvant physiquement. « C’est pour ça que je suis moins inquiète de me faire copier », blague-t-elle. Même si Beauparlant possède maintenant des outils de coupe personnalisés qui accélèrent le processus de confection, réaliser une jupe peut lui prendre deux jours complets — avec de l’aide.
La designer prône une approche inclusive, loin des conventions de la mode, avec un souci pour les pièces plus size. Sa technique d’assemblage manuelle lui permet de facilement agrandir ou rapetisser une création. « C'est à moi de faire l'extra step, de m'assurer que ça va bien sur la personne. L’éthos [de mon travail], c’est le self-love propaganda ».
La créatrice de mode offre aussi un catalogue axé sur la location. « D’habitude, ce n’est pas avec des pièces à 500$ qu’on commence une nouvelle marque », lance Julia, consciente que ses vêtements sont dispendieux et difficiles à produire. La location lui enlève une charge de travail significative et permet d’avoir un calendrier en phase avec le « slow fashion ». « Je m’étais dit qu’au moins les pièces auraient un maximum de vie », raconte-t-elle.

Les muses beautopiennes
La fondatrice de Beautopie aimerait éventuellement réduire le coût de ses créations et produire à plus grande échelle, sans toutefois compromettre la qualité du produit. « Je ne compte pas nécessairement ouvrir ma boutique, je préfère me déplacer dans les grandes villes, où les filles qui fuck avec Beautopie se trouvent déjà », affirme la designer. Elle pense à Londres, à Paris, au Brésil et au Mexique, notamment.
Julia explique que son marché cible est les artistes de la scène, « les chanteuses, les danseuses, les DJs, les strippers et les fashion freaks », dit-elle. « Ce sont des filles qui ont un certain pouvoir d’achat, qui aiment souvent l’extravagance, détaille Beauparlant. C’est sûr que c’est des pièces assez révélatrices, il faut que la personne soit bien dans son corps ou simplement [ressente] the feeling of being a bad bitch ».
Danseuse professionnelle dans un club, Julia Beauparlant revendique la libération du travail du sexe à travers sa marque et sa plateforme. Son souhait ? Habiller des femmes, ses « muses », qui sont « assumées et affranchies ». « J'adore me sentir vue, enjoy myself, mettre des talons de huit pouces, ça vient vraiment avec une légèreté, un super pouvoir », lance-t-elle avec le sourire.




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