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On m'a jeté l'œil : une lecture qui désoriente

Anya Nousri plonge le lectorat dans la spiritualité et la décolonialité dans son premier roman intitulé On m’a jeté l’œil, publié aux éditions Triptyque.



L’histoire suit le parcours flou d’une narratrice-protagoniste à la fois transgressive et en quête de purification. Dans ce récit décousu, elle tente de se frayer son propre chemin où l’équilibre entre la religion, les superstitions de sa famille et la culture occidentale est difficile à trouver. 


D’une page à l’autre, le cadre spatio-temporel n’est jamais le même. Chaque page transporte le lectorat dans un nouvel environnement, ce qui peut être déroutant. Toutefois, que la protagoniste soit à Montréal, en Kabylie, chez sa grand-mère ou à l’école, le lecteur ou la lectrice peut se laisser aisément emporter par le fil de l’histoire. 


Le roman possède une centaine de pages seulement, qui ne sont pas entièrement remplies. Chaque page n’a qu’un seul paragraphe. Cela allège la lecture et contrebalance la forme plus abstraite et fragmentaire de l’écriture que l'écrivaine maîtrise avec succès.


L'autrice voulait d’ailleurs aller chercher cet effet : « Dans cette histoire que j'avais envie de raconter, ça se portait bien parce qu'il y avait un certain désordre, un certain chaos que la forme fragmentaire arrivait à rendre », dit-elle.


Des références nichées et assumées


Le métissage entre les cultures kabyle et montréalaise se reflète à travers de références nichées, mais aussi dans la linguistique de ce roman: on y retrouve des expressions en français, en kabyle, en derdja, en créole, en verlan et en anglais. L’autrice ne fournit cependant pas de traduction, ce qui crée une barrière de langue pour une portion du lectorat. Ceux qui ont les références auront donc une lecture plus privilégiée. 


Cette absence de traduction s’inscrit dans la démarche de l’écrivaine. « Je veux renverser un peu ce sentiment que j'ai toujours eu, même si j'ai grandi au Québec, d'être étrangère. […] Je n'ai pas besoin de me traduire, de me surexpliquer. C'est rendu toi, en fait, qui a ce statut d'étranger et d'étrangère », explique-t-elle.


Entre féminisme et racisme


Dans le roman, la protagoniste subit un regard d’oppression, surtout de la part des personnages occidentaux qui se moquent de ses traits physiques ou, à l'inverse, les sexualisent.  « Je mets beaucoup l'accent sur le racisme et le sexisme vécu. C’est une certaine manière de dire oui, on vit en Occident, mais voici la contrepartie de ce que représentent nos corps et nos identités quand on est en Occident », affirme la romancière.


Cependant, sa culture d’origine n’est pas magnifiée pour autant. Dans l’œuvre, la famille tente d’avoir un contrôle sur le corps et les actions de la protagoniste, qui va vouloir s’affranchir du conservatisme qu’elle subit. Anya Nousri affirme que « la culture à laquelle on appartient […], bien que ce soit un héritage qui est chéri, a une certaine violence, une certaine confrontation à faire ».


Les malheurs de la protagoniste ne se limitent pas au mauvais œil puisqu’elle n’est pas épargnée des déchirements identitaires que peuvent subir les personnes issues de l’immigration, et Anya parvient très bien à l’illustrer. Son roman s’adresse d’ailleurs à « toutes sortes de personnes qui vivent d'une manière ou d'une autre un conflit identitaire, qui ont vécu des trajectoires d'immigration […], et à toute personne qui a cette curiosité de rentrer dans un univers qui leur est aussi complètement étranger », souligne-t-elle.


La littérature québécoise laisse de plus en plus d’espace aux voix issues de l’immigration et ce roman s’inscrit dans cette lignée. Bien que la portée artistique du roman soit plus limitée puisqu’il aborde des réalités qui ne sont pas vécues par la majorité québécoise, il vient enrichir le portrait littéraire. On m’a jeté l’œil est en librairie dès le 28 février.

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