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Tremblements, une secousse d’émotions

La pièce du 6e art Tremblements, une collaboration des productions Human Cargo et du théâtre l’Espace Go, est habilement orchestrée par la comédienne Debbie Lynch-White. Mise en scène par Édith Patenaude et écrite par le Torontois Christopher Morris. C’est dès le 14 novembre que l'œuvre s’empare du public grâce à l’intensité de son propos.



Dès l’entrée en salle, le public est confronté à Marie, incarnée par Lynch-White, allongée sur la scène. L’univers est sombre, les rideaux du théâtre sont noirs, la plaque tournante faisant office d’espace scénique est obscure, les accessoires sont incolores et la comédienne est vêtue de morceaux de la même teinte. En plein centre, des bottes, un cellulaire et une robe simple sont éparpillés.

Les spectateurs et spectatrices sont positionné·es de chaque côté du disque tournant. Le silence est palpable, seuls la respiration de la comédienne et le grincement cyclique de l’objet sont entendus.

De façon graduelle, les éclairages s’éteignent et l’auditoire cesse tout mouvement et toute conversation. Malgré l’abondance d’individus dans la salle, la tranquillité et le respect offerts à la comédienne sont sans lacunes.

Un monologue explosif


Présentée sous le format d’un monologue de 75 minutes, la pièce raconte l’histoire de Marie, une infirmière de Montréal qui travaille outre-mer pour une organisation humanitaire. Celle-ci vit de nombreux chocs psychologiques à la suite de ses interventions sur le terrain.


La narratrice commence son histoire en racontant son congédiement d’une mission africaine, après avoir aidé une amie à avorter, un acte prohibé dans ce pays. Elle confie par la suite les horreurs entendues lors de sa mission sur l’Aquarius, un bateau repêchant des réfugiés dans la Méditerranée. « Comment on fait pour désentendre quelque chose comme ça? », se demande-t-elle.


Elle est envoyée pour sa première mission en République centrafricaine, un pays très instable au niveau géopolitique, où elle sera confrontée à plusieurs situations percutantes. Elle rencontre Wolfgang, un médecin allemand avec qui elle se lie d’amitié jusqu’à son décès tragique lors d’une mission au Yémen quelque temps après.


La mort prématurée de son ami et collègue la perturbe profondément, la plongeant ainsi dans un deuil sans issue, prisonnière de ses traumatismes du passé. La pièce ingénieuse est une vision élaborée des pensées les plus intimes de Marie.

Un séisme d’émotions

Présentée de manière bi frontale, la scène tournante semble être un symbole des cent pas infinis que le personnage de Marie fait en se plongeant dans ses pensées les plus profondes. Tout au long de la pièce, Debbie Lynch-White marche dans le sens contraire de la rotation du disque. Cet élément de mise en scène symbolise l’état mental perturbé du personnage de Marie. Il n’y a que quelques rares instants où la comédienne s’arrête de marcher pour vivre une émotion forte.


L’anxiété est réelle, le texte est poignant et nécessite un effort intellectuel d’écoute constant. C’est pourquoi le public doit s’attendre à une représentation sobre, mais émotionnellement chargée qui comporte certaines longueurs.


Culpabilité, détresse et mépris décrivent avec justesse le message de l’écrit dramaturgique. Celui-ci dénonce le déni de l’Occident face aux horreurs qui surviennent au Moyen-Orient, en Afrique et ailleurs dans le monde. En vivant les yeux bandés et en tentant vainement d’améliorer la situation, l’Occident ne fait qu’agrandir le cercle vicieux qui emprisonne les pays géopolitiquement instables.


Génie du cataclysme

Le public tremble en quittant la prestation solo remarquable de Lynch-White qui demeure profondément concentrée du début à la conclusion. Réservée à un auditoire averti dû à son contenu cru et parfois vulgaire, la création traduite en français par Maxime Allen porte un message d’espoir important, celui que chaque geste peut avoir une importance capitale sur la vie d’autrui.


Le projet théâtral explorant l’éthique du travail humanitaire et les relations interpersonnelles sera présenté jusqu’au 2 décembre, au théâtre l’Espace Go.


Crédits photos : Yanick Macdonald


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