Sophie Calle ou “comment veux-tu capturer l’émotion mieux que ça ?”


SOPHIE CALLE, LA DERNIÈRE IMAGE. AVEUGLE AU DIVAN, 2010

SOPHIE CALLE, LA DERNIÈRE IMAGE. AVEUGLE AU DIVAN, 2010


J’avais entendu parler de l’exposition de Sophie Calle au Musée d’art contemporain de Montréal. Le thème des premières et dernières fois m’a assez attirée pour que je me retrouve seule au musée, un soir de semaine. Pour ceux qui ne le savent pas, l’exposition réunit deux projets de l’artiste : La Dernière Image, une série de photographies accompagnées de textes, ainsi que Voir la mer, qui est composé de plusieurs courts films.

J’ignore pourquoi, mais j’avais vraiment hâte de voir La Dernière Image. Je croyais qu’il y aurait quelque chose de fascinant, de mystérieux dans cette série de photographies représentants les souvenirs des dernières images qu’avaient captées des gens qui sont devenus, subitement, aveugles . Oui, bien sûr, les histoires sont touchantes, tristes, parfois dures, mais je me suis vite aperçue que ces dernières images étaient des choses du quotidien, des choses aussi simples que la lampe au-dessus de leur lit, par exemple. Après tout, tous ces gens qui ont partagé leurs souvenirs avec Sophie Calle ne savaient pas qu’ils allaient perdre la vue. Comment auraient-ils pu prévoir aller voir des choses hors du commun, croyant avoir encore toute la vie devant eux, pour profiter de ce sens, qu’est la vue?


Alors que pour Voir la mer, j’étais curieuse, mais je n’avais pas d’attente en particulier. L’artiste a filmé des gens qui voyaient la mer pour la première fois. Le concept peut sembler bien simple, du moins, c’est l’impression qu’il m’avait laissé. Et pourtant, aussitôt que je suis entrée dans la pièce où se  trouve les écrans d’assez grandes tailles, nous présentant ces gens de tous âges, voyant la mer pour la première fois, je n’ai pu m’empêcher de ressentir une vague d’émotion (désolée, pour le mauvais jeu de mot). Tout le monde dans la salle était très silencieux, on entendait qu’en bruit de fond le son de la mer. Au début de chacun des films, on voit la personne de dos, qui regarde la mer et quand elle semble prête, elle se retourne … C’est là que la magie commence, on aurait dit que ces personnes voyaient le beau pour la première fois, ils avaient tous quelques choses dans leurs yeux, quelque chose d’inexplicable, quelque chose de fragile, quelque chose qu’on ne voit pas tous les jours. On aurait dit qu’ils étaient là, devant moi, que je partageais ce moment avec eux. J’ai été considérablement touchée par deux films en particulier, les deux écrans au plus profond de la pièce, deux hommes dont les films durent un peu plus longtemps. On est témoin de leurs émotions, on voit leurs larmes monter tranquillement, c’est beau, c’est poétique, c’est pur.

Bref, j’ai adoré, on entend tellement souvent parler de tout ce qui va mal, que de prendre de mon temps pour aller voir la beauté de la sensibilité humaine, au musée, m’a semblé, le meilleur investissement de ma semaine.

L’exposition Pour la dernière et pour la première fois de Sophie Calle est présentée au Musée d’art contemporain de Montréal jusqu’au 10 mai 2015.

 

Raphaëlle RITCHOT

Journalisme

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