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Past Rooms : Onirique, abstrait et poétique

Révélant un amalgame ingénieux de danse et théâtre, la pièce Past Rooms est une production signée Danse Danse. La pièce, présentée à la Cinquième Salle de la Place des Arts à Montréal, est chorégraphiée par le célèbre virtuose du mouvement Andrew Skeels.



Alors que la métropole sombre dans la nuit d’automne du 17 octobre, les projecteurs de la Cinquième salle s’allument, dévoilant pour la première fois au public les personnages et la mise en espace de Past Rooms.


Mise en scène par Skeels, David DiGiovanni et Joe de Paul , la pièce raconte l’histoire d’une jeune femme nommée Sanchez qui traverse une période de profonde insomnie.


Évoluant au centre d’un chœur de personnages, la protagoniste paraît déchirée entre plusieurs sentiments qui la bousculent. Elle vit le deuil imaginaire ou réel de son amoureux parti d’une façon inconnue. La jeune femme est perdue, et le fil narratif est très éclaté.


Un texte et des personnages surprenants

Les personnages interprétés par Jean-Sébastien Couture, Marilyne Cyr, Jose Flores, Danny Morissette ainsi qu’Anna et Sylvia Sanchez sont dotés d’une personnalité riche et distincte.


Le personnage interprété par Couture est complètement excentrique. Il explose sur scène avec humour et rapidité en laissant le public étourdi par son corps agité. De plus, ses multiples changements de costume et de style viennent appuyer sa fougue et font bien rire l’auditoire.


À l'opposé, le personnage secondaire féminin de Marilyne Cyr est rigide, cartésien et quelque peu prétentieux. Elle porte une longue jupe unie et droite avec un chemisier classique bien serré qui créent un contraste avec les accoutrements portés par son partenaire de jeu.


La pièce écrite par les Canadiens Robert Vézina et DiGiovanni surprend à maintes reprises et ne laisse pas les adeptes de théâtre sur leur faim malgré sa difficulté narrative. Il peut s’avérer compliqué de saisir le sens des propos et des gestes puisqu’ils relèvent d’une certaine abstraction. Les éléments de mise en scène multiples, les personnalités dispersées et les contradictions créent un effet d’accumulation .


Une réflexion approfondie sur la symbolique est essentielle pour décoder les messages implicitement disposés dans les enchaînements rythmés. Notamment, la signification des cendres noires cachées dans tout ce que Sanchez ouvre et touche illustre l’idée du deuil omniprésent dans sa tête.



Une chorégraphie chirurgicale

Skeels, lauréat du Grand Prix de la critique à Paris en 2018 ainsi que collaborateur des Grands Ballets et du Cirque du Soleil, construit méticuleusement une composition précise, porteuse d’amour et de tendresse. Ayant une touche très expérimentale, la danse contemporaine employée par le virtuose est volatile et enveloppante.


En effectuant plusieurs jeux de mains avec une grande amplitude de mouvement, les interprètes transmettent une poésie qui est telle une longue accolade parfaitement orchestrée. Les danseurs et danseuses semblent être suspendus par des fils transparents comme des marionnettes, ils exagèrent et diffusent leurs gestes dans l’espace scénique.


Alors que les pirouettes, les glissements au sol et les portés s’enchaînent, l’histoire avance en symbiose avec les décors. Ceux-ci valsent avec les interprètes et sont utilisés habilement comme médium ou support afin de créer des compositions intéressantes.



Une ambiance calculée

Avec l’histoire qui va dans plusieurs directions, le public rit, reste surpris et demeure parfois dans un profond silence de réflexion. La scène est habitée par des meubles en bois massifs rétros souvent déplacés et la palette de couleur des costumes va du noir au rouge, en passant par le pourpre et le blanc. C’est avec les décors et les symboles qu’un semblant de fil narratif est instauré mais aussitôt dissipé, laissant le doute planer.


La musique imaginée par le compositeur français Julien Tarride vient rythmer l’histoire. Elle est parfois vive, rapide et animée, parfois classique et parsemée de piano, de violoncelle, de violon et même d’opéra.


Malgré son fil conducteur complexe, la pièce Past Rooms demeure une création incontournable qui déploie une musicalité et une expressivité sans limites. Présentée jusqu’au 21 octobre, celle-ci est la concrétisation d’une des citations les plus connues de Skeels : « Le public est l’élément final qui donne vie à une danse. »


Crédits photos : Damián Siqueiros


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