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L'écosystème instable de Seagrass

Gagnant du prix de la critique au Festival international du film de Toronto (TIFF) et présenté au Festival du nouveau cinéma (FNC) en première québécoise, Seagrass est le premier long métrage de la vancouvéroise Meredith Hama-Brown. Au travers de l’esthétique qu’apporte la caméra 35mm, le film suit une famille qui, dans les années 90, souhaite reconstruire ses liens affaiblis.



Courtoisie du FNC


Pour tenter de sauver leur couple dysfonctionnel, Steve (Luke Roberts) et Judith (Ally Maki) partent avec leurs filles Stephanie (Nyha Breitkreuz) et Emmy (Remy Marthaller) vers un centre de villégiature. La retraite, située dans les sublimes paysages de la côte ouest-canadienne, sert de thérapie pour les parents et de camp de jour pour les deux sœurs. La caméra vogue entre les quatre membres de la famille dans un environnement tendu, ponctué par la mort récente de la grand-mère maternelle.


Sous pression

Seagrass choque par sa narration poignante, mais aussi par l’excellent jeu des acteurs. Ces éléments montrent la complexité des normes sociales, le tout au travers du regard familial.


Stephanie, la grande sœur, cherche à être acceptée dans le groupe de filles de son âge, tout en se pliant à leur jeu rempli de cruauté adolescente. Les parents, qui suivent une thérapie de groupe, tentent de se plier aux obligations du mariage, selon un modèle de féminité et de masculinité stricte.


Emmy préfère rester à l’écart, mais est constamment secouée par les tensions venant du monde extérieur. Son anxiété est incarnée par des plans fantomatiques, entremêlant des angles tordus et des effets sonores inquiétants qui penchent vers le film d’horreur. L’audience est plongée dans la tête de la jeune fille et, comme elle, sent la présence d’un danger imminent.


« Le mariage est un écosystème fragile », explique la thérapeute aux parents. La réplique résonne tout au long de Seagrass et la réalisatrice représente cette tension relationnelle avec finesse. Les dialogues des parents sont lourds et, par moments, semblent flotter au-dessus d’un précipice. Un seul faux pas, une seule erreur, et leur mariage s’écroule.


Trouver sa voix

Un autre aspect fascinant de Seagrass est le portrait de l’identité culturelle canado-japonaise. L’héritage de Judith, Canadienne de parents japonais, est porteur d’une différence négative, souvent rappelée par son partenaire Steve, qui est Canadien et blanc.


Tout au long du film, la mère doit combattre des micro-agressions raciales venant majoritairement du groupe de thérapie. Prise au piège dans la haute classe moyenne, Judith est honteuse face à sa culture et à sa langue maternelle. Cette accumulation de regrets se transmet à ses filles, qui n’ont aucune idée de la richesse de leur héritage.


Lors d’une période de questions suivant la projection de Seagrass, la réalisatrice explique comment cette honte est bien présente dans sa communauté, longtemps marginalisée par le racisme en Colombie-Britannique. Au travers du film, la cinéaste montre l’importance de briser le silence et de laisser place à sa propre vérité, malgré les combats incessants à surmonter. Le message se reflète avec Judith, qui essaie de récupérer sa voix au risque de fracasser son mariage.


Seagrass est un premier long métrage ambitieux, mais réussi. Meredith Hama-Brown scénarise et réalise avec finesse, démontrant qu'elle est une cinéaste à suivre dans les prochaines années. Chaque plan est émouvant et perturbant, capté par le kodak qui incarne parfaitement la nostalgie. Dans cet univers où l’instabilité et l’amour inconditionnel s’entrecroisent, impossible d’en sortir indemne.


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