Jouvencelles : Adolescence programmée

Pour son tout premier long-métrage, la réalisatrice Fanie Pelletier plonge dans l’univers troublé d’adolescentes à l’ère du numérique. La réalité crue des jeunes femmes, qui oscillent entre troubles alimentaires, standards de beauté et identité sexuelle, est bercée par la qualité esthétique des images.


Crédits photo : La Distributrice de films


Jouvencelles est un documentaire qui suit l’histoire de trois groupes d’amies. Réelles femmes de leur époque, elles ont toutes un rapport particulier à la technologie et aux réseaux sociaux. Âgées de 16 à 19 ans, elles naviguent à travers les difficultés qui viennent avec l’adolescence, tout en s’adaptant à la réalité des médias numériques. « Ce que je voulais montrer, c’est que ce n’est pas juste complètement insipide et superficiel », explique la réalisatrice en parlant du rapport entre les jeunes femmes et l’univers numérique, lors d’une discussion avec les spectateurs à la première québécoise du film.


Le documentaire raconte ces réalités grâce à trois modes narratifs. D’abord, la réalisatrice propose une narration plutôt classique où se chevauchent les réflexions des jeunes femmes et des longues prises de vue techniques. Bien que visuellement intéressant et plein de sens, l’aspect inusité des plans vient parfois alourdir le visionnement. La réalisatrice utilise aussi une approche documentaire, avec des entrevues atypiques aux cadrages éclatés, témoins de la vivacité de l’adolescence.


Enfin, des archives prennent le dessus sur l’histoire racontée. Intégrées tout au long du film, leur quantité devient rapidement excessive, ce qui dilue leur importance. Elles prennent plusieurs formes, notamment de captures d’écran de publications sur Instagram ou d’enregistrements de « lives » sur Tiktok tirés de comptes provenant d’un peu partout dans le monde.


Ensemble, ces trois techniques narratives construisent une histoire ancrée dans le réel, mais le récit demeure étourdissant.


Cinéma direct, en décalage

Le documentaire s’inspire de Dominique Gagnon et de James Benning, deux cinéastes reconnus pour leur travail dans le cinéma direct. Cet art vise à représenter au grand écran le réel le plus fidèlement possible, sans filtres. « Fallait qu’on le sente, qu’on le vive », explique Fanie Pelletier.


Il est toutefois difficile de faire ressentir une réalité qui est en constante évolution. Le monde des réseaux sociaux a grandement évolué depuis le début du projet en 2020. La représentation du monde que dépeint la réalisatrice se veut immédiate et intime, mais elle est en retard de deux longues années ; une quantité de temps non négligeable considérant la rapidité à laquelle change le numérique. Par exemple, le nombre d’usagers de TikTok a explosé depuis la pandémie, décuplant les problématiques de cyberintimidation sur la plateforme. Si les protagonistes de Jouvencelles y voyaient un espace plutôt sécuritaire en 2020, ce n’est plus le reflet de la réalité actuelle.

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