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Au FIFA, les poètes font leur cinéma

C’est une fois les lumières éteintes et les murmures estompés dans l’Auditorium Maxwell-Cummings du Cinéma du Musée des beaux-arts qu’a été projeté une collection de ciné-poèmes, présentés vendredi dernier dans le cadre du 41e Festival international du film sur l’art (FIFA).

Image tirée du ciné-poème Les jours en forme de cube. Crédit photo : FIFA.

Qu’ont en commun le cinéma et la poésie? Tous deux aspirent à faire vivre à leur auditoire une émotion, un moment, une expérience tout en subtilité créative. Qu’est-ce qui les diffère? Au 7e art manque la richesse inégalée du langage écrit, au 5e, la vividité des visuels mouvants pour illustrer les images évoquées. Vue sous cet angle, l’idée de combiner ces deux médiums complémentaires paraît évidente. Pourtant, le ciné-poème, qui vise à unir les forces respectives des deux pratiques artistiques, est encore méconnu au Québec.


Des mots émouvants, et se mouvant

La première partie de cette soirée inédite Ciné Poésie proposait une série de cinq films de durées variables, signés par des créateurs d’ici et d’ailleurs. Chacun était accompagné d’un texte poétique simultanément narré.


La représentation s’ouvre sur Lacrimosa, réalisé par le cinéaste Kenneth J Harvey et inspiré d’un poème de l’écrivain américain Walt Whitman. La violence qui habite les propos récités teinte d’une impression lugubre les fruits filmés en macro qui défilent à l’écran. La pulpe juteuse d’un agrume, le pédoncule tordu d’une poire flétrie ou la chair à l’allure sanguinaire d’une pomme grenade deviennent ainsi des visions bouleversantes. Le tout culmine par la diffusion hémorragique d’un jus rouge vif au cœur d’un citron tranché, ce qui frappe particulièrement l’imaginaire.


S'ensuit un changement drastique d’atmosphère avec En poésie d’Anne Marie Tougas. Ici encore, la caméra adopte un point de vue rapproché, en s’attardant cette fois sur les petits détails d’une flaque d’eau tapissée de feuilles mortes. Le résultat rappelle un enfant scrutant le sol forestier à la recherche de l’infiniment petit de la nature. Côté poésie, l’écrivaine Hélène Dorion y métaphorise la relation que l’on entretient avec l’environnement, et questionne par sa prose notre place dans ce paysage naturel.


C’est ensuite au tour de l’essai poétique Nipi utaiamun, écrit et récité par l’artiste innu Uapukun Mestokosho, de captiver les spectateurs et spectatrices. La cinématographie brille par ses perspectives expérimentales jouant avec les reflets miroitants à la surface d’un lac sauvage. Des prises de vue immergées captent des femmes autochtones issues de trois générations qui plongent sous les eaux limpides. La narration lyrique superposée à ces images fait référence au pouvoir de guérison et de purification de l’eau, et aux relations intergénérationnelles que les trois femmes entretiennent avec la nature.


Les vers s’invitent au grand écran

La seconde partie de la soirée est comblée par une Suite cinépoétique, un recueil de dix ciné-poèmes d’auteur·es multiples présenté·es par la revue de poésie EXIT. En guise d’introduction, l’un des réalisateurs exprime sur scène son interprétation du concept de ciné-poésie. « Le poème en tant que matériau de création est très similaire au film. Il y a un lieu d’interprétation que tu peux habiter quand tu lis un poème qui est le même quand tu imagines les images d’un film », partage Pierre Bastien. « Si la symbiose entre le texte et la cinématographie fonctionne bien, c’est une nouvelle œuvre qui est créée », ajoute-t-il avant de laisser place au visionnement. Parmi les courts-métrages mémorables, Les jours en forme de cube est une superbe imitation des tableaux de nature morte baroques, dont le style est caractérisé par l’usage de motifs symbolisant l’éphémérité, tels que des aliments en décomposition ou des ossements.


La qualité d’exécution des films sélectionnés demeure néanmoins hétérogène. Leur contenu laisse souvent à désirer, parfois sur le plan littéraire, d’autres fois cinématographique. La fusion de deux œuvres d’artistes distincts ne donne pas droit à l’erreur, et exige une coordination parfaite. Peut-être est-ce là le caractère hasardeux du ciné-poème, bien que ce médium obscur semble fort prometteur lorsque la magie opère.


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